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Philosophie, danse et art

Réflexions à propos de Umwelt, spectacle de Maguy Marin (2004)

4 Septembre 2013 , Rédigé par Julia Beauquel

Réflexions à propos de Umwelt, spectacle de Maguy Marin  (2004)

Sous une lumière blanche et dans le vacarme d’un souffle puissant, le spectacle commence.

Des gestes quotidiens, l’usage d’accessoires et d’objets ordinaires, de brèves actions plus ou moins banales et des événements plus significatifs sont exposés, enchaînés et répétés presque sans interruption, sur un même tempo, suivant un ordre chorégraphié mais qui semble contingent. Les mêmes actions peuvent être effectuées simultanément par plusieurs personnes ou par une seule personne à plusieurs reprises.

L’exigeante régularité des pas des danseurs, qui scandent presque chaque seconde, exemplifie le caractère inéluctable du temps. Leur trajectoire circulaire autour de miroirs entre lesquels ils vont et viennent, apparaissent et disparaissent, met en évidence un autre aspect du temps : son aspect cyclique. Ces personnes semblent moins liées par leurs actions que par le fait d’être ainsi emportées dans les cycles rapides des saisons et des années.

Au moyen de cette composition pourtant très précise – la synchronisation des pas, des gestes et des actions variées effectués sans erreur suivant un tempo imperturbable – la chorégraphe parvient à nous donner une impression chaotique d’absence de sens, d’aléatoire, de vie accélérée. Cette observation distante de la multiplicité des êtres humains et de leurs actes prend la forme d’une extrême relativisation de l’importance de notre vie, de notre culture, de nos affects et de nos émotions : des situations diverses, de la plus triviale à la plus chargée de sens, sont présentées avec le même furtivité, qu’il s’agisse de manger une pomme, d’aller aux toilettes, de bailler, d’éternuer, d’enlever ses lunettes et de se frotter les yeux ou bien de s’embrasser, de faire l’amour, de se marier et de prendre un bébé dans ses bras.

Tous ces actes, et bien d’autres encore, semblent neutralisés, mis sur le même plan. En dépit du caractère souvent intentionnel, conscient en tous les cas, de ces actions, l’effet causé par leur succession rapide est une impression de nivellement, d’inconscience, de dépossession, d’impuissance. Attachements et détachements, joie et tristesse émergent et s’évanouissent dans le même flux d’occupations vaines.

Tandis que nous vivons dans l’illusion royale –port des couronnes toujours plus hautes– d’être les maîtres et possesseurs de la nature –chiens domestiqués, plantes mises en pots, déchets jetés indifféremment– tout file entre nos doigts et nous endommageons ce monde qui ne nous appartient pas.

Quelques trop rares moments de lucidité ponctuant notre présence furtive ici-bas semblent représentés par l’arrêt prolongé d’un danseur fixant la salle et dont la présence immobile devient alors, à elle seule, une question.

Lorsque le puissant souffle s’arrête tout à coup et que le silence et l’obscurité s’installent, cette question demeure.

Que nous dit ce spectacle ?

1- La vie est absurde, nous ne la choisissons pas, elle passe vite. Rien n’a de sens parce que tout s’en va. Tout se vaut donc rien ne vaut. Les choses futiles nous prennent trop de temps et nous ignorons ce qui est réellement important. Enfin nous détruisons le monde et, incapables d’assumer ce gâchis, nous portons des œillères. L’humanité est pourrie.

2- Stop, arrêtons-nous un instant, prenons notre temps, réveillons-nous, nous valons mieux que ça, réfléchissons, faisons des choses qui comptent. Une forme contemporaine de Carpe Diem.

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